Almanach pour une jeune fille triste
AOUT
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Août qu’apportes-tu ?
Une Fontaine.
Une secrète petite fontaine dans un jour de chaleur.
Le frais élan entre les pierres d’une petite eau fidèle qui ne tarit pas.
Enrichis-toi de Tendresse.
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Août, le mois qui rassemble, où la famille se regroupe, où les frères se retrouvent, où les maisons éclatent de joies d’enfance. Mois d’amitié, mois de retours, mois de rencontres. Sur le seuil de la maison, tel absent se retrouve présent, tel visage reparaît, telle voix parle à nouveau, telle mémoire se rouvre. Et voici que le long des sentiers ou sous les doux ombrages du jardin, le silence captif, le secret prisonnier, la pensée recluse, la peine qui ne pouvait se plaindre, l’espoir qui ne pouvait se dire, tout à coup délivrés, jaillissent et se mettent à ruisseler dans le cœur de l’ami.
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Une parole affectueuse est suivie de bénédictions.
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Aimez votre prochain comme vous-même. Aimez-vous bien vous-même. Vous êtes votre premier prochain. Ne vous nuisez pas. Supportez-vous, encouragez-vous, conseillez-vous, rassurez-vous, pardonnez-vous. Ne vous abandonnez jamais sans secours quoi qu’il arrive.
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Toi qui aimes et qui en souffres,
Ah ! si du moins en ce jour qui t’est donné, tu connaissais ce qui peut te procurer la paix !
Luc
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Aime, oublie ton désir, oublie ton cœur, aime et donne…
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Cela seul est bon : aimer…
Aimer c’est ne donner à l’autre que ce qui lui est le meilleur…
L’amour donne tout et ne demande rien…
Qui sait si un grand amour muet n’est pas la plus belle fleur qui ait jamais paré une âme
humaine ? Qui sait aussi quelle ivresse intime peut sortir d’un tel sacrifice où rien n’est sacrifié   
que soi-même ?...
Le sacrifice n’exige ni grands cris, ni gestes sublimes. C’est un acte beaucoup plus humble, terre
à terre… Il consiste à bâtir la paix d’un cœur avec les morceaux du sien, quitte à s’étonner après
d’avoir gagné soi-même et par une voie détournée un calme sur lequel on ne comptait plus…
Tous ceux qui se donnent sont élus. Seul, l’égoïsme tue…
Estaunié
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Apprenez à vous promener… Savez-vous avoir du plaisir à vous promener ?
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PRIÈRE A LA VIERGE
         Ô Marie, ô Mère si heureuse dans le ciel au milieu de vos joies n’oubliez pas les tristesses      de la terre. Jetez un regard de bonté sur ceux qui sont dans la souffrance et qui ne cessent de tremper
    leurs lèvres à l’amertume de la vie.
    Ayez pitié de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés.
    Ayez pitié de l’isolement du cœur.
    Ayez pitié de la faiblesse de notre foi.
    Ayez pitié de ceux qui luttent contre les difficultés de la vie et qui sont sur le point de se laisser aller au      découragement et peut-être à l’oubli de leur devoir.
   Ayez pitié de ceux à qui Dieu a donné plus qu’aux autres la tendresse du cœur et la délicatesse des          sentiments.
    Ayez pitié de ceux qui ne nous aiment plus et ne leur reprochez jamais la peine qu’ils nous font.
   Ayez pitié de ceux qui pleurent, de ceux qui prient, de ceux qui souffrent, de ceux qui ne savent pas         se faire aimer.
    Donnez à tous l’espérance et la paix.


       
Perreyve
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Le Bon Samaritain est parfois très fatigué. Il faut avoir pitié du Bon Samaritain.
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Il arrive que nous cherchions dans notre ami la consolation et qu’elle ne s’y trouve pas aujourd’hui.
Il arrive que nous ayons soif et que la tendresse de notre ami oublie aujourd’hui de nous donner à boire.
C’est que la source de douceur humaine n’est pas inépuisable. Le consolateur a, comme nous, son heure de sécheresse. Celui qui nous donne la force manque aujourd’hui de force. Celui qui relève notre joie est tombé aujourd’hui de sa joie.
Comprenons-le. Ayons compassion à notre tour de cette pauvreté. N’exigeons rien.
Ne réclamons pas sans cesse de l’amitié, de la bonté, le plus dont elle est capable, mais soyons
toujours reconnaissants pour le moins dont elle dispose… le peu qu’elle a et nous donne.
Et sachons attendre. L’instant vient où la grâce de l’ami lui sera et nous sera rendue.




© Editions Desclee de Brouwer
Extraits